Lorsque la peur s'escalade pour la vaincre

Un article de presse apparu dans le magazine mensuel El Búho à Arequipa (Juin 2016). 


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Escalo-thérapie: lorsque la peur s'escalade pour la vaincre

Cette thérapie de hauteur gagne en adeptes dans notre ville, peut-être parce qu'elle échappe à tout procédé classique connu pour attaquer de nombreux maux, les faiblesses et les peurs. Peu à peu, elle fait irruption chez les personnes qui ont décidé de rompre les chaines qui limitent leur évolution normale.

Joaquín Zamata (7 ans) était destiné à devenir un petit appareil de fiction, presque un robot. L'un des nombreux médecins qui l'ont eu observé avait dit à sa famille que la solution à sa douleur se trouvait dans un ensemble de métaux resserrant ses petites jambes, mais que finalement, cela ne garantissait pas quoi que ce soit. Les parents de Joaquin n’ont pas abandonné leur intention de trouver une solution moins traumatisante et ont continué leur véritable pèlerinage de consultation après consultation, thérapies, sports et autres, plus encore, sans réponse.

Depuis des cours de Kung fu, jusqu’à des ateliers de peinture et de céramique, le petit Joaquin a fait de nombreuses tentatives, aucune qui a pu mettre fin à ses pieds plats et à sa calamiteuse motricité fine. Jusque-là, le petit Joaquín ne connaissait que la frustration. Il était le dernier à sortir du cours  de calligraphie parce qu'il ne pouvait pas écrire un correct "e", en échange il  gagnait seulement des douleurs dans le bras, des punitions et toujours plus de frustration.

Et puis, une fois à la maison, les choses n’étaient guères différentes, il avait de sérieuses difficultés pour descendre les escaliers et pour courir, il terminait toujours dernier lors des courses entre les enfants de son quartier, il ne pouvait pas rester debout plus d'une minute. Et le réconfort de ses parents n’a jamais été accompagné d'une solution de sous la manche, du moins aucune solution médicale.

 

LE GRAND MUR

Enfin, après presque 5 ans, la recherche de la famille a pris fin. La solution pour les difficultés de Joaquin ce n’était pas des bouts de métaux, ni des ateliers, ni des coups de pieds au Kung-Fu, mais c'était une paroi de 10 mètres de haut que l'enfant devrait escalader pour récupérer tout ce qu’il avait perdu à cause de ses difficultés. La solution c’était grimper.

Avec cette activité, Joaquin réussit à vaincre ce mur qui se projetait sur lui avec toute son ombre. En un temps record (deux mois) ses petits pieds se sont formés d’un bel arc bien courbé et sa psychomotricité a pris en vigueur, en flexibilité et en précision, cela étant dû au fait qu’en grimpant la force se concentre dans presque tous les groupes musculaires du corps.

Echauffement avec Joaquín
 

ESCALO-THERAPIE

Nadège Perrin et Camille Morizot sont les deux psychomotriciennes qui ont développé cette pratique à Arequipa, qui est loin d´être un simple renforcement musculaire. Leur association, Escalo-Thérapie, œuvre dans le centre d’escalade Mono Blanco et ne reçoit pas seulement des enfants avec un problème psychomoteur comme Joaquin, mais aussi d’autres enfants, comme par exemple Fiorela Quenta, qui présente des troubles autistiques.

Fiorela

Son retard psychomoteur et son manque de force dans les membres l’ont limités toute sa vie, au point qu’elle avait peur de monter et de descendre les escaliers, entre autres.  Mais grâce à l’Escalo-Thérapie, non seulement elle a pu le surmonter, mais aussi, selon son père, Ulises Quenta: « Fiorela est sortie de ce monde où il ne lui était pas facile de raisonner certaines choses ».

Grimper, entre autres choses, nous oblige irréversiblement à relever des défis personnels, et psychologiquement c’est une grande source de prise de confiance en soi  et de sentiment de sécurité pour les patients et pour les personnes en général.  C’est d’ailleurs ce qu’on remarqué les parents de Joaquin : grimper a amélioré son estime de lui-même et sa capacité à faire face aux autres, tout comme ses capacités attentionnelles et à prendre des décisions.

La paroi de 10 mètres que ces enfants escaladent se convertie, durant chaque séance de thérapie, en un problème à résoudre, puisque leurs cerveaux ne pensent qu’à continuer à avancer sans trêve jusqu’à se rendre compte que le challenge est relevé et les peurs surmontées. C’est ce qu’a vécu Maria del Pilar Flores qui a réussie plusieurs fois à faire sonner la cloche placée sur la corniche. Selon son père, non seulement sa peur de la hauteur a disparue, mais sa capacité à prendre des décisions s’est aussi améliorée.

Nadège Perrin nous explique que la psychomotricité aide les personnes comme ses petits patients qui traversent une difficulté. Depuis quelques années elle travaille avec eux sur des aspects moteurs, cognitifs, sensitifs, psychologiques ou psycho-sociaux. Au travers de ses mains et de sa particulière aptitude motivationnelle, en plus de sa patience inébranlable, sont passés des enfants présentant une trisomie 21, un retard du développement, des troubles autistiques, des problèmes d'hyperactivité, de concentration ou de perception.

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Au cours de chaque après-midi de thérapie, les parents accompagnent à leurs enfants pour observer comment ils font face à cette grande paroi avec sa cloche au sommet. Lorsque je leur demande ce qu’ils voient, ils répondent qu’ils apprécient à leur enfant en train de grimper et de surmonter ses propres difficultés. Le tintement de la cloche est le signal d’un jour de plus de réussite et d’un en moins de souffrance.

 

Auteur: Jhonatan Segura 
Traduit de l'espagnol par Nadège Perrin

 

Extrait de la Chronique originale:  http://elbuho.pe/2016/06/18/escaloterapia-cuando-se-trepa-miedo-vencerlo/